mardi 26 octobre 2010

Entrain.

J'étais paisiblement installée dans un TQTSR, (Train qui trace sa race. Si c'est dans le dictionnaire des acronymes) le paysage défilant bien plus vite que mes idées. A ma gauche, un mec de droite que j'avais soigneusement inspecté et dont j'avais établi le portrait psychologique à base d'extraits de plantes et d'idées préconçues. Raie sur le côté, et poils craniens collés au gras gel par un acharnement maternel sur des tempes palpitantes de savoir. Un nez trop long, un pantalon trop court. Une jupe plissée et un décolleté plongeant, qui jurait avec une bouche fine semblant avoir été faite pour dire amen. WTF ?

Il me dévisage, l'oeil humide et l'air aguicheur, pendant ma lecture annuelle de Mein Kampf, ou du courrier international, peuttttimporte. A vingt ans, il en a quarante. Je sais pour qui il vote. Il ne bande jamais. Et j'engage la conversation en lissant ma moustache, et en attendant Godot.

Je lui déballe tout. Que je sais que sa maman lui choisit ses chaussettes. Qu'il fait du violoncelle, pour garder encore un peu contre lui la sensation d'avoir un instrument entre les jambes. Que quand il était petit on lui avait interdit de parler à Lise parce qu'elle était gauche, comme l'albatros. Et que les joues rouges qu'il attrapait à la campagne faisait peur à maman, tout autant que l'amitié très tendre qu'il entretenait avec un jeune étalon durant ses cours d'équitation. Equation sans inconnus, Chez les Dupont on aime les femmes, de père en fils. Je sais aussi qu'il tient un blog qui cire les mocassins d'Eric Besson. Qu'il n'a jamais montré son petit oiseau. Que les matières littéraires, c'est pour les hippies. Que ses barrières sociales ont été construites par ses parents conservateurs. Que je suis une connasse qui juge les gens au premier abord. Gare à celui qui baise Lagarde. Baisse la garde. Seigneur dieu, faute de frappe, elle est toujours vivante.

Je lui ordonne d'arrêter son master de manipulation des béchers ou des gens et en commencer un autre en orgie médiévale. Je tire sur ses boutons de manchette, souffle sur ses cheveux, JE SUIS UNE GROSSE TORNADE, attrape mon sac et dévale les escaliers de son affront. Un sourire par la fenêtre, et Jean-Emile-Paul-Antoine de la Houches s'éloigne. J'ai fait ma bonne action de la journée. Ses bonnes actions à lui, sont dans les mains de Boursorama.com.

N.


Entreprises du règne de la croissance, spéculateurs précoces, jeunes brebis dociles du capitaliste berger, vous êtes des sous-merdes.

Avec sa production d'articles de qualité, d'une variété jusque là jamais égalée, avec ses milliards de gammes attractives et simples de produits, arbres, fleurs, légumes, poissons, en passant par des hectares de vigne, de couleurs, d'insectes, d'aiguilles de pin, de crustacés, de limon, de tonnes de sable, de végétation, de formes, de couleurs, de carrés de ciel, de nuances, de céréales, la nature vous englobe, et sans chiffre d'affaire, sans notion de compétitivité, vous réduit au sombre statut d'entreprise de seconde catégorie.
Vous êtes tout au plus, la tique qui se gorge du sang de ses victimes, et dont la délocalisation annuelle, mue par le simple besoin de s'abreuver toujours plus, est le seul évènement "notable" de votre existence.

lundi 27 septembre 2010

Aux champs, la vie, la vraie.

Reprendre possession de son territoire pré-colonial après un an d'orgies romaines, d'avortements en catimini sous le règne pontifical de Saint Nazinger et trois mois de folies Niortaises, est une chose que je maîtrise tout aussi bien que les fonctions affines et l'allaitement post-partum. Ou pas. Saleté de pincement au coeur.

La barque du temps est bien arrimée, le courant est léger, je débarque. Le sol de la terre natale est encore jonché de vie d'avant, Pénélope et Télémaque sont des feignasses, les attend la route du Rom, je vous le dis.Erf. Sol jonché, donc, de billets de train/avion/concerts/cinéma/ banque, de photos cornées, de poignées de cheveux jaunis, de musiques charnues, de foutre en tube, d'ouverture d'esprit, de feuilles de cours éventrées par des traînées de bic farfelues qui enroulent des sensations autour de mes doigts, de pluie battante et de farine qui enneigent des bracelets en tissu au parfum du Sonar 2010, des prospectus tâchés de café, des plans de ville et des places pour la Scala.
Le ressac, impassible, dépose délicatement mon corps alourdi d'eau sur ce mille-feuille bordélique. Je rajoute une couche de biscuit en vidant mon sac estival. Bulletins de paie, livres rapiécés comme marqueurs de temps, cyprine en poudre, kilos de vêtements à la mode occidentale, mots doux et évidences.

Et là, assise sur ma montagne sacrée d'objets à la Alessandro jodorowsky, bam, je me fais tellement une orgie de liberté que j'écoute de la musique. Si c'est vrai. Avec des baffles et un son qui craque comme du bois sec. Et je peux danser sans penser à Dachau. Boire de la vodka sans me sentir obligée culturellement de remercier avec les yeux ma colocataire polonaise. Et aussi laisser des couverts dans la cuisine sans qu'on me les vole. Me signer de la croix devant un portrait de Luther. Prendre une douche sans chronomètre. Laisser libre cours à mon somnambulisme excentrique. Regarder du porno, des vidéos futiles et autres dérives.
(Exemple)






Et je l'avoue, j'ai même refait un jeu vidéo, Braid, que j'avais terminé il y'a deux ans, par boulimie geek. Je vous conseille d'ailleurs de le dé-elle. Les plateformes sont en 2D mais le concept est tout de même innovant. Il faut jouer subtilement avec le temps et avec le dédoublement de personne pour sortir d'un monde psyché et logique. Je vous laisse découvrir la présentation du jeu en vidéo, ça ira plus vite.




Pour télécharger Braid, ici.


Cet article est un étron dans du taffetas. Au revoir.

lundi 20 septembre 2010

Eco-logique, de la prise de conscience à la prise de contact.


Cela fait un bon moment que je réfléchis aux moyens que nous pouvons mettre en oeuvre pour nous extraire du système agro-alimentaire actuel, parce que n'en peux plus de manger des tomates calibrées. Oui, je veux devenir punk-chien, si vous voulez. Je veux porter fièrement un anneau bovin qui relient mes narines de consommatrice comme signe distinctif de ma volonté d'échapper à la mise en pâture. Et aussi, hurler la crasse du monde en buvant des Amsterdam l'oeil éteint. En fait, idéalement, j'aimerais refuser qu'on me traie de ma substance. Et pleurer librement sur la tombe des héros de notre époque tous morts-nés.

Bon plus sérieusement. L'écologie et ce word cloud qui l'entoure sont des points qui m'intéressent beaucoup mais j'ai du mal à structurer ma pensée. Je manque de maturité quant au réceptacle des divers supports que j'ai pu étudier.
Au sujet de l'industrie agro-alimentaire, j'ai regardé moult documentaires, de manière dispersée, lu un bon nombre d'articles, et aspiré tellement de points de vue différents, liés à des contextes historiques, géo-politiques, sociologiques, de l'ordre de l'individualisme, que ma réflexion est entravée et difficilement claire. Car à vrai dire, après avoir pris connaissance de tout cela, que faire ? Par où commencer ?

Je ne veux rien garder de super-flux. Juste cette peur au ventre de savoir que la nature ne survivra pas à nos attaques. Que nous sommes sortis de nos gongs pour faire de notre éco-système le simple esclave de nos besoins. Ou surbesoin qui nous laisse à penser que notre vide d'Homme sera comblé par des marchandises qui vont et viennent dans nos âmes pour s'y fixer.
Acheter fonctionne de la même manière que le LSD. L'acquisition compulsive d'objets vient se fixer sur nos récepteurs de sensations, et se substitue à de réelles envies. L'effet étant de courte durée, il faut alors recréer, innover, surpasser les lois de la nature.
Il faut rendre les gens heureux, leur trouver un rôle dans la société du spectacle avec une place sur scène qui ne leur permette pas d'entrevoir les ficelles qui les meuvent. Il faut leur montrer du bonheur coloré, du rêve en bouteille de 75ml, des packs de sourires et un confort de vie et de conduite installés au volant d'une toute nouvelle voiture. Il faut leur offrir un produit qui guide chaque minute de leur quotidien, il ne faut laisser aucun blanc dans la partition. ( Les murs de ma joie sont faits de purée mousseline ) Il faut compacter le temps, qu'ils finissent par croire que l'eau a toujours été dans le robinet, que le steak pousse sur un arbre et que le poisson pané possédait déjà cette forme carrée quand il a été pêché.

Et je ne m'extraie pas de mon discours. A quand remonte la dernière fois où j'ai penser à une chèvre ou une vache en buvant mon lait le matin, impassible, assise devant ma brique de carton ? Je me surprend même à pester quand un produit n'est plus en rayon, sans même songer un seul instant aux étapes de fabrication du produit, qui vient probablement des 4 coins du globe.
Alors évidemment, installée dans un meublé Ikea, tapotant sur un écran de Notebook, sirotant de l'eau en plastique pendant que je déblatère comme une mémé, vous allez me trouver un peu gonflée de vous parler de mes aspirations héroïques pour une décroissance.

Et je crois que tout le problème vient de là. Nous sommes si bien ancrés dans une société de consommation qui nous berce comme une douce mère, qui englobe si bien notre vie quotidienne, que la seule volonté de trouver une alternative implique de faire table rase. Je pense qu'il faut faire un historique rapide et prêter attention à tout ce qui nous semble désormais naturel et nécessaire.

On mange des pêches en hiver il y'a des mangues au Pôle Nord on produit des animaux pour les manger on accélère le temps la production il en faut plus on fait des expériences on triture la nature les poulets sous plastique depuis des mois pas inquiétant on a instauré des dates de péremption il y'a les moyens de transports supersoniques bientôt la voiture sans conducteur youpi on emballe l'emballage de l'emballage de l'emballage des denrées on transporte cela sur des kilomètres on importe on exporte on congèle on transporte on décongèle on colore on rajoute des ingrédients on modifie génétiquement on est les rois du pétrole AAAAAAAAAAAHAHAHA on bétonne on modifie le paysage on déboise eau non potable on pollue on s'en fouuuuuuut taxes l'argent n'a pas de frontière transactions tout est un produit nécessaire on en a besoin flux incessants on produit du carton du plastique ça s’amasse ça grouille d'objets, ça ne fonctionne plus on jette on rachète vitesse technologie ça fourmille ça brille c'est neuf on le désire ça remplit nos têtes mais pour les remplir d'objets il faut les vider de leur capacité de penser on incise on remplace tout par des machines robotisé automatisé on coupe des arbres on vit sur internet ça va vite on peut acheter plus vite encore on scanne de manière autonome on va au supermarché on a plus besoin de marcher tout est là le monde à notre portée on peut tout trouver c'est géniaaaaaaaaaaal HAHAHAHHAAAAAAAAAA

EST-CE QUE QUELQU'UN A DES IDÉES BRILLANTES ? Des idées ? Je suis prête à polir, à faire reluire. (phrase de fin qui va rameuter du peuple sur mon blog. Pas besoin d'avoir fait de la stratégie de communication pour le comprendre.)



samedi 24 juillet 2010

Brique à Braque.




Vivre avec la capacité de se souvenir fait parfois le même effet que les voyages en train à correspondance avec de lourdes valises.

Si nous naissons enveloppes, peut-on affirmer que certains timbres sont oblitérés et d'autres non, ce qui explique que certains savent où ils veulent aller... et d'autres non ?

Je me demande souvent quelle est l'attitude à avoir, si ce que nous tenons pour régression est progression de l'autre.

Si j'étais coiffeuse de l'univers, je raserais consciencieusement le crâne de la Terre, et s'il faut commérer, je crierais aux poux.

Entraînez-vous à courir dans le sable. Le jour ou votre course se fera sur du bitume, vous aurez une aisance incroyable. Cela fonctionne aussi pour le bonheur. Quand cela vous est offert, entraînez-vous à être malheureux.

Ce qui appesantie une relation, c'est la souffrance de savoir que nous ne pourrons jamais être totalement l'autre et que la perte de précision à chaque strate de communication empêche indéniablement de l'apaiser.

La religion est tout aussi ennuyeuse qu'un livre dans lequel la présence d'un enfant est le seul témoignage qu'il y'a des relations sexuelles entre les personnages.

L'écologie sera le remède au gonflement des ganglions de la nature.

" - vous n'êtes pas très clair...
- Raciste ! "



Clémentine Cioran, extraits du livre " Le suicide c'est chouette".


samedi 17 juillet 2010

Un jour d'été.

Je vous préviens tout de suite : je n'ai rien à dire, alors je le dis. Je viens de lire ça dans Ébauches du vertige d'Emile Cioran, qu'il faut écrire quand on en a envie, et pas quand on en a besoin. En même temps il dit pareil pour le suicide, alors je me méfie.
Je suis malade, et j'espère que mon inspiration va être au moins aussi abondante que mes écoulements nasaux. Dehors le ciel se fait fenêtre sur l'univers, et les seuls nuages qui le jonchent sont les petits gorets qui jouent bruyamment aux quilles dans le jardin voisin. Je gis sur un lit comme un gros échinoderme. J'entend Salvador chantonner "Le travail c'est lassant, thé". Aujourd'hui je ne suis pas là. Inter Mutuelle Insouciance, votre voiture coincée au Liban attendra. Pute Serbe oligarchie chatte tréteau Mélanie Laurent. Ça parce que je viens de subir la publicité Spotify dans mes oreilles en coton. Peut-on avoir un orgasme après un viol auditif ? Je ne crois pas. Kalkbrenner cristallin entrecoupé d'une fille à entrechat qui déroule sa bobine dans une voix lancinante pour vanter le nouvel album de ça finit par un A dans la lignée des Keisha, ça me donne envie de dire aux juifs que tout est de leur faute, qu'ils avaient le Shoah.

Je veux absolument recouvrir d'un nouvel article mon post sur les kubbake, car je crois que la recherche par mots clés a fait grimper les stats de mon blog plus que le pénis des intéressés. Je prend donc ma pelle et commence à creuser la terre friable de mon esprit.
A quelques centimètres de la surface, je trouve un gros bulbe prêt à grandir. Je l'identifie : c'est un arbre de la variété des Erasmus Nostalgia Refulae. Cela ne m'étonne même pas qu'il puisse pousser dans ces terres meubles. J'avais senti ses jeunes racines puiser mon énergie, sa sève couler de mes yeux, mais j'étais un jardinier trop occupé pour m'en soucier alors cette plante à feuilles noires était restée sous terre.
A présent je sens ces premières branches poindre, sous différentes formes. Je serre les dents, j'avale le passé qui monte doucement dans ma gorge, avec un goût âcre un peu acidulé. Je suis un train désaffecté et on baise dans mon oreille. Le paysage défile à une vitesse fulgurante et j'entrevois des fragments de visages, souvent très souriants, des bribes de musique que je pourrais attribuer à un jour précis. Vols de journaux comme des oiseaux tatoués. Je me sens comme une porte à tambour, une transition, un passage emprunté où personne ne s'arrête. j'attrape une poignée de sable qui recouvre le lit, et je serre le poing pour ne laisser passer aucun grain. Mais les filets jaunes d'or passent à travers mes doigts, pêche fructueuse, et je me fais sablier. Un an pour se dire au revoir, c'est trop court. Je me venge.
J'habille Milan d'un uniforme strict, lui coupe la frange droite sur le front, l'assieds sur un banc et la place parmi mes souvenirs habillés en paillettes, couleurs flashy et bouteille à la main.
Souriez ! Flash temporel. Sur la photo Milan a les jambes décroisées dans une robe de lin blanc, les bras levés, le regard pétillant, les cheveux ébouriffés et elle brille tellement que les autres semblent un festival d'ombres chinoises derrière. Il est difficile de maquiller un beau souvenir pour l'enlaidir, afin qu'il soit moins douloureux. Sûrement parce que le maquillage lui-même ne cautionne pas un telle stupidité. Alors je ferme mes yeux, fardés pour célébrer le rien, et je me laisse recouvrir de forêts émeraudes invitant au voyage qui poussent un peu partout sur mon corps. Je vis dans la fraîcheur de ces arbres, sans regretter la chaleur du sol craquelé de l'instant présent qui envahit mon corps. Les deux ne sont agréables qu'en présence de l'autre. Je ne compare pas : j'ai compris. Je laisse défiler la diapositive de cette année, étudie le rythme, fais une pause pour vous dévisager, je ris : je vous connais.

mercredi 21 avril 2010

Tranche ton monotone.



Aussi frais qu'une pastèque en été, le webzine Branche ton Sonotone, est un excellent tuyau, voir aqueduc musical pour éviter de se noyer dans un flux de nouveautés aussi abondant que des menstrues additionnées à l'aspirine.
Pour éviter la routine sonore, l'équipe de BTS s'emploie chaque jour à fouiller le net de fond en comble pour vous dénicher les nouveautés, vous faire connaître les bijoux archaïques à coté duquel vous auriez pu passer, et les soumettre à la critique. Le support a un look rétro, épuré, et les fonctions de classement sont précises, le site est instinctif, les posts sont organisés dans différentes catégories : sons, vidéos, chroniques, divers, etc.
Ce travail collaboratif d'une vingtaine de chroniqueurs puise son efficacité dans la diversité des styles, et dans une humilité étonnante. Les articles sont parfois écrits dans un style journalistique quasi professionnel, ou décontractés, dénués de toute pédanterie (exceptés ceux de Pierro ) mais synthétiques, clairs et centrés sur un désir de faire découvrir un univers riche d'expérience auditive aux lecteurs. Et pour vous faciliter l'écoute du sujet de l'article, il y'a toujours quelques délicieux liens essaimés en fin de page.
Bref, un bon exemple d'un site collaboratif qui carbure à la cohésion, à la créatine, euh créativité, et à une organisation bien huilée, comme le corps des sexagénaires Closer à la Grande Motte.