samedi 24 juillet 2010

Brique à Braque.




Vivre avec la capacité de se souvenir fait parfois le même effet que les voyages en train à correspondance avec de lourdes valises.

Si nous naissons enveloppes, peut-on affirmer que certains timbres sont oblitérés et d'autres non, ce qui explique que certains savent où ils veulent aller... et d'autres non ?

Je me demande souvent quelle est l'attitude à avoir, si ce que nous tenons pour régression est progression de l'autre.

Si j'étais coiffeuse de l'univers, je raserais consciencieusement le crâne de la Terre, et s'il faut commérer, je crierais aux poux.

Entraînez-vous à courir dans le sable. Le jour ou votre course se fera sur du bitume, vous aurez une aisance incroyable. Cela fonctionne aussi pour le bonheur. Quand cela vous est offert, entraînez-vous à être malheureux.

Ce qui appesantie une relation, c'est la souffrance de savoir que nous ne pourrons jamais être totalement l'autre et que la perte de précision à chaque strate de communication empêche indéniablement de l'apaiser.

La religion est tout aussi ennuyeuse qu'un livre dans lequel la présence d'un enfant est le seul témoignage qu'il y'a des relations sexuelles entre les personnages.

L'écologie sera le remède au gonflement des ganglions de la nature.

" - vous n'êtes pas très clair...
- Raciste ! "



Clémentine Cioran, extraits du livre " Le suicide c'est chouette".


samedi 17 juillet 2010

Un jour d'été.

Je vous préviens tout de suite : je n'ai rien à dire, alors je le dis. Je viens de lire ça dans Ébauches du vertige d'Emile Cioran, qu'il faut écrire quand on en a envie, et pas quand on en a besoin. En même temps il dit pareil pour le suicide, alors je me méfie.
Je suis malade, et j'espère que mon inspiration va être au moins aussi abondante que mes écoulements nasaux. Dehors le ciel se fait fenêtre sur l'univers, et les seuls nuages qui le jonchent sont les petits gorets qui jouent bruyamment aux quilles dans le jardin voisin. Je gis sur un lit comme un gros échinoderme. J'entend Salvador chantonner "Le travail c'est lassant, thé". Aujourd'hui je ne suis pas là. Inter Mutuelle Insouciance, votre voiture coincée au Liban attendra. Pute Serbe oligarchie chatte tréteau Mélanie Laurent. Ça parce que je viens de subir la publicité Spotify dans mes oreilles en coton. Peut-on avoir un orgasme après un viol auditif ? Je ne crois pas. Kalkbrenner cristallin entrecoupé d'une fille à entrechat qui déroule sa bobine dans une voix lancinante pour vanter le nouvel album de ça finit par un A dans la lignée des Keisha, ça me donne envie de dire aux juifs que tout est de leur faute, qu'ils avaient le Shoah.

Je veux absolument recouvrir d'un nouvel article mon post sur les kubbake, car je crois que la recherche par mots clés a fait grimper les stats de mon blog plus que le pénis des intéressés. Je prend donc ma pelle et commence à creuser la terre friable de mon esprit.
A quelques centimètres de la surface, je trouve un gros bulbe prêt à grandir. Je l'identifie : c'est un arbre de la variété des Erasmus Nostalgia Refulae. Cela ne m'étonne même pas qu'il puisse pousser dans ces terres meubles. J'avais senti ses jeunes racines puiser mon énergie, sa sève couler de mes yeux, mais j'étais un jardinier trop occupé pour m'en soucier alors cette plante à feuilles noires était restée sous terre.
A présent je sens ces premières branches poindre, sous différentes formes. Je serre les dents, j'avale le passé qui monte doucement dans ma gorge, avec un goût âcre un peu acidulé. Je suis un train désaffecté et on baise dans mon oreille. Le paysage défile à une vitesse fulgurante et j'entrevois des fragments de visages, souvent très souriants, des bribes de musique que je pourrais attribuer à un jour précis. Vols de journaux comme des oiseaux tatoués. Je me sens comme une porte à tambour, une transition, un passage emprunté où personne ne s'arrête. j'attrape une poignée de sable qui recouvre le lit, et je serre le poing pour ne laisser passer aucun grain. Mais les filets jaunes d'or passent à travers mes doigts, pêche fructueuse, et je me fais sablier. Un an pour se dire au revoir, c'est trop court. Je me venge.
J'habille Milan d'un uniforme strict, lui coupe la frange droite sur le front, l'assieds sur un banc et la place parmi mes souvenirs habillés en paillettes, couleurs flashy et bouteille à la main.
Souriez ! Flash temporel. Sur la photo Milan a les jambes décroisées dans une robe de lin blanc, les bras levés, le regard pétillant, les cheveux ébouriffés et elle brille tellement que les autres semblent un festival d'ombres chinoises derrière. Il est difficile de maquiller un beau souvenir pour l'enlaidir, afin qu'il soit moins douloureux. Sûrement parce que le maquillage lui-même ne cautionne pas un telle stupidité. Alors je ferme mes yeux, fardés pour célébrer le rien, et je me laisse recouvrir de forêts émeraudes invitant au voyage qui poussent un peu partout sur mon corps. Je vis dans la fraîcheur de ces arbres, sans regretter la chaleur du sol craquelé de l'instant présent qui envahit mon corps. Les deux ne sont agréables qu'en présence de l'autre. Je ne compare pas : j'ai compris. Je laisse défiler la diapositive de cette année, étudie le rythme, fais une pause pour vous dévisager, je ris : je vous connais.