mardi 16 mars 2010

L'Eden est un concept hippie.

Note personnelle : ce post n’a ni queue ni tête. Parfois je délaisse parfois je déleste.

Nos vies sont régies par nos divers statuts FB, et plus l’inverse, (début théâtral et consensuel, j’avais prévenu). J’utilise l’outil social informatisé comme processus de création d’un moi collectif (Dissonance et paradoxe). Je n’existe plus sans. Au même titre que sans l’information médiatique ou actualité sulfureuse dans un flux ininterrompu télévisé ou radiophonique en voiture hybride, les guerres, les effondrements de tours jumelles, les séismes, les attaques à burqa armée, Holocauste et autres drames internationaux n’ont jamais eu lieu. C’est Susan Sontag qui l’a dis. Je ne fais que spéculer à sec. Si vous êtes en colère, et pensez que mon discours et une forme désobligeante de négationnisme, vous avez tort. Mais insultez-moi en allemand, par mail.

Je n’arrive plus à me dissocier de notre société, je suis un maillon de la chienne chaine. Je me demande jusque quand j’arriverais à maintenir la tête de ma réflexion autonome hors de l’eau nauséabonde de ce système mercantile. Bon, ma volonté n’est pas de produire un discours type voix-off de l’incipit de Fight club dans une critique nihiliste irritante. Mais c’est réellement angoissant. Mon élan de marginalisation est au stade primitif, je n’arrive pas à pousser mon premier cri, encore engluée dans le placenta archétypal d’une vie rangée. Il faut que les choses changent (Hitler disait ça aussi). Je n’arrive pas à trouver ma voie, à m’insérer dans un parcours professionnalisant qui me passionne. Tracez-moi, modelez-moi. J’ai peur du monde.

Et puis j’ai un trop plein pictural. Cette sphère visuelle me soûle. Il y’a trop d’images, beaucoup trop, ça déborde de partout. C’est salissant, je mets des gants. Hier, je rentrais à Milan dans un bus bariolé, et j’ai vu un immense panneau d’affichage : locations de bureaux, avec numéro de téléphone et tutti quanti, grossièrement pendu sur les murs joufflus d’une église. Tilt. Il n’y a plus d’équilibre. Vous me direz, on peut décemment transformer un autel en bureau Ikea, il suffit de le ponce-pilater pour en arrondir les angles. Pardon. Jésus lui-même y faisait ses devoirs après l'école. "Je golgotai, tu golgotas, il Golgotà". Il a d'ailleurs pester quand il a du s'entraîner à écrire avec des trous dans les mains, il tâchait tous ses cahiers. Hihi.

Je reprends mon discours crispant, pendant que la nature crie sa douleur d’une bouche sulfureuse qui s’entrouvre sur une publicité suggestive, insolemment collée sur un monument historique. Quand je consulte mes mails, j’assiste à un foisonnement d’hyper ciblages publicitaires insidieux qui me renvoient automatiquement à mes peurs, affichant des liens tels que des sites d’orientations scolaires, de trucs et astuces pour vivre sans argent en 2011, de détournement de proxy pour regarder du porno malgré la censure de ma résidence, ou de crèmes amincissantes pour les pieds. Pour le dernier exemple, private joke, comprendra qui pourra. D’autres pourront avoir des publicités de remodelage de corps avant/après, de fesses moins capitonnées (je ne vise aucun fauteuil en particulier). Les images deviennent nos miroirs à problèmes, nos psychiatres apathiques, les analyses psychologiques que l’on a jamais demandées.

Il n’y a plus de frontières, les images se glissent dans les failles, dévorent tout sur leur passage, comme des gros bulldozers. Elles fourmillent et lézardent nos libertés dans un tremblement excessif de couleurs criardes et de polices étudiées. Ces agressions visuelles forment un kaléidoscope infernal dans mon esprit. Un amoncellement de cadavres de mes fois en l’humain jonche mon parterre aseptisé. J’ai mi foi au pluriel, que les communautés religieuses s’indignent. Je découperai volontiers le fruit défendu pour en faire une tarte aux pommes pour courroucer les puissances divines et recevoir bien plus que la maladie, la haine d’autrui, la violence, les juifs, les guerres puniques, le mal-être social, la pauvreté et les talons aiguilles. Bravo le veau (d’or). Pied de page, pied de nez. Je ne finirai pas ce post parce que le péché originel nous a aussi affublés d’une flemme générationnelle. Facile.

Mathias Malzieux - La mécanique du coeur

"Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles. Deuxièmement, maîtrise ta colère. Troisièmement, ne te laisse jamais, au grand jamais, tomber amoureux. Car alors, pour toujours à l'horloge de ton coeur, la grande aiguille des heures transpercera ta peau, tes os imploseront, et la mécanique de ton coeur sera brisée à nouveau."

Jack nait à Edimbourg, en 1974, le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Pour le sauver, une étrange femme, sorcière à ses heures, remplace son palpitant défectueux par une horloge. Il devra en remonter le mécanisme chaque matin, et surtout, sera dans l’obligation, s’il veut vivre, de fuir toute émotion, tout sentiment. Privation qui devient difficile lorsqu’il rencontre une petite danseuse andalouse et qu’il sent que son horloge commence à s’emballer.

Mathias Malzieux, chanteur du groupe Dyonisos, dorlote sa plume dans ce conte initiatique aux contours burtoniens. L’histoire est simple mais sautillante, et l’écriture imagée, enfantine et poétique.
Les personnages sont de papier froissé, un peu claudicants, abimés, fragiles. Le livre est rythmé par des températures et l’ambiance est un chaud froid constant évoluant dans un road trip de l’Ecosse à l’Andalousie. Les sentiments sont admirablement décrits, et la légèreté pudique du conte virevolte entre les lignes-marionnettes que l’auteur ficelle avec virtuosité.
La mécanique du cœur est une ode à l’amour, une réflexion sur le sens de la vie sans son apparat sentimental. C’est aussi l’amour dans toutes ses expressions, des facettes les plus opalescentes aux plus sombres.
J’ai versé ma petite perle lacrymale, ce livre est vraiment touchant.Preuve que ma mécanique fonctionne. Eprouvez, vous aussi.

vendredi 12 mars 2010

Jónsi - Go do

Jónsi profite de la longue gestation d'un nouvel opus signé par le groupe Sigur Rós dont il est leader, pour prendre un peu son envol. Dans son autonomie musicale comme dans son clip ailé.
Des oiseaux colorés jonchent l'image, qui cliquette comme une clé hésitante dans une serrure un peu mystique. Ce défilé d'images chamarrées évolue dans une ondulation chromatique bien maitrisée. Il est ponctué d'une multitude de plumes dans les cheveux du fausset qui n'hésite pas à donner dans l'aigu, sans ne rien fausser.
Le rythme est limpide, à la fois rythmé et apaisant. Le jeu d'émotions est clair, l'image toussote, clignote, s'émerveille dans sa collection de bouibouis maléfiques et d'amulettes de tissus. Et colle parfaitement au morceau.

La boucle instrumentale est scandée, comme un train qui tourne autour du monde et qui se charge de tout ce qu'il croise jusqu'à s'arrêter net dans sa course, essoufflé d'avoir voulu tout emporter.
Un ciel bleu s'ouvre, on sentirait presque la brise fraîche sur notre nuque et dans nos oreilles écarquillées. On y voit des grands espaces, des valises-tambours, des fenêtres ouvertes, une invitation à déployer ses sens et à amerrir délicatement sur le flux boisé des sifflements comme structure partielle du morceau.
l'air cristallin de Go do donne envie de chasser la pénombre, d'ouvrir les écoutilles des existences grises, de boire du jus de pamplemousse et manger du tofu. Bon pas autant.

L'album intégral sort le 22 mars. En attendant, je vous laisse embarquer en Low cost avec l'extrait en question.
Bon voyage.

Jónsi - Go Do from Jónsi on Vimeo.