lundi 8 février 2010

BWAAAA.

Esthétique : introduction à la culture visuelle. Ne dites-rien, le titre est alléchant, oui.
L'église de scientologie est aussi un titre alléchant, et pourtant ce n'est pas un endroit où l'on étudie la teneur en sels minéraux de l'eau bénite. Djizeus Craïst.

Je dois donc entamer un sprint intellectuel pour être prête mercredi matin, à 9h. Et je crois, sans exagérer, que l'information la plus rude est celle de l'heure. C'est mon orgueil qui parle.
Comme dans toute compétition, j'ai commencé en pleine forme samedi après-midi, après trois heures de sommeil, coachée par Coline qui se farcie du Goethe sur 200 pages, et attention, les italiens ne connaissent pas les pronoms personnels. (Goethe et L'islam, La coloscopie de Goethe, Goethe et la sauce tomate, Goethe à la mer, Goethe essaye la mescaline, la mort tragique de Goethe au Futuroscope).

Le départ était rapide, puis le rythme s'est essoufflé, la fatigue m'a asséné un coup sec derrière la nuque.

Compte tenu d'une rapide inspection de ce qu'allait être mon weekend, je m'alarme à l'œil. Je vous explique.

Prenant les 2000 pages de mes quatre (normalement 6 mais.) livres philosophiques additionnés pour un 100 pages de manuel de lecture Gafi/Ratus, selon les écoles, j'étais plutôt confiante.
Très peu découragée puisqu'encore très peu éveillée, je ressentais alors un grand désir de vaincre, d'exceller.
Dans les starting-blocks, je suis passée au contrôle anti-dopage, après avoir bu trois cafés (pas ceux de Nina, j’en avais marc. Je peux critiquer sa caféine elle mange des glaces à Sydney).

J'ai pourtant failli passer positive au contrôle psoriasis, ayant repris des forces avant l'épreuve dans le lit de l'absent et maladif colocataire de Coline. (Le psoriasis est une maladie dermique en parti génétique gnagna, ça s'attrape pas en dormant dans une couette à motif tasse à jardin et chaise de café gnagna. C'est un article pour décompresser car je suis une biscotte, je craque. Vas lire Sciences et Vie, laisse-moi).
La polocataire fait des bulles de chewing-gum, l'illusion de la nourriture. Ses ancêtres lui ont sûrement transmis les trucs et astuces.

Sinon, quelques conseils pour écrire un bouquin et le vendre à ses élèves.

[Oui cela se passe ainsi en Italie, on "propose", en lecture "obligatoire", des livres écrits par nous même, professeurs à vestons/coudes/pièces, ecco qua/ appunto no/ heeeeu, titulaires depuis 47 ans en chaire universitaire. Ce n'est plus un transfert de savoir mais du marketing, je vous l'accorde. Vive l'auto-citation. On se gargarise de l'immensité de notre savoir, masturbation d'ego, et on vend nos livres à 34 euros à 300 élèves, qui ne les pourront revendre qu'à 30% du prix initial. Cette phrase n'est pas un cri d'angoisse.]

1-N'essayez pas du tout d'être explicatif, vous êtes un grand penseur, les manuels sont inutiles pour les étudiants, ils lisent parce qu'ils savent déjà.

2-Concoctez un agglomérat de référence à des philosophes, à raison de deux par lignes, alternés avec quelques mots un peu plus simple à comprendre, en allemand, bildwissenschaft, et surtout, du latin, des tonnes de latin, ça éclaircit le texte avec un halo de mystère. Ah ?
De préférence, choisissez des philosophes avec des idées parfaitement opposées. Cela permet de décourager l'élève, qui passera beaucoup plus de temps à comprendre ces arguments antithétiques qu'à douter de la véracité et de la pertinence de vos propos.

3- Faites des métaphores avec des chrysalides et des papillons.

J’ai actuellement terminé Théories de l’image, le débat contemporain. 400 pages très constructives. Tellement constructives que j’ai soigneusement tout plié et rangé dans un coin de mes tiroirs cérébraux, pour ne rien avoir à partager. Non même pas avec vous, herr professor.

Et je suis donc en pause. Pas par choix. Il y’ a un concert de Ramnstein à deux chambres de la mienne. Et puis les voisins du dessus font un match de basket / jouent de la batterie à même le sol, avec une batte de base-ball/ ont invité chez eux tous les contacts Facebook/ élèvent un réseau social de cochons d’inde angoras qui circulent dans des centaines de tuyaux translucides et de roues en métal.

Je passe donc des petits coups de téléphone anonymes. Je suis le méchant corbeau français, crrrrrrrrrrr. Ou je pousse des hurlements Shining. Autant vous dire qu'aucun des deux ne marche.

Je descends donc me chercher un café. Silence pesant dans l’ascenseur. Je le remplis. Le silence pas l’ascenseur.

« Un jour, j’ai fais pipi dans un restaurant chic ». Owf, je n’aurais pas du le remplir autant. Putain, cerveau qu’est ce qu’il t’a pris ? Je croyais qu’on était amis toi et moi, je t’offre une pause libre d’iconoclastie et de diktats dogmatiques et c’est comme ça que tu me remercies ? Bon, ce n’est qu’un faux pas, il n’a pas du comprendre. Quoique, vu la manière dont il s’est précipité hors de l’ascenseur, il y a de fortes chances qu’il ait saisi l’enjeu de cet aveu.

Je m’en fiche. Je suis libre de toute pression sociale. Je prononce le mot Péloponnèse, cela me détend beaucoup. Je vais maintenant lire "Tableaux et larmes, histoire des gens qui ont pleuré devant un tableau". Connards d'attardés émotifs. En sachant qu'avec un défaut de fabrication, environ 20% des pages du livre sont collées ensemble et donc illisibles.

C'est encore une fois la tête basse que je passerai la ligne d'arrivée.